La fenêtre s’ouvre à chaque double-clic : période d’essai expirée, merci d’acheter une licence. Le bouton de fermeture est juste à côté, et l’archive s’ouvre quand même. Ce rappel n’a bloqué personne depuis des années, mais il suffit à faire croire qu’un fichier RAR coûte de l’argent. Il n’en coûte aucun. Reste à savoir ce que Windows sait faire tout seul aujourd’hui, et surtout ce qu’il ne sait toujours pas faire.
Fermer la fenêtre de rappel et ne rien acheter
L’essai du décompresseur officiel est annoncé à 40 jours. Passé ce délai, le logiciel affiche une fenêtre à chaque lancement, puis continue de fonctionner exactement comme avant. Aucune fonction ne se coupe, aucune archive ne se referme. Payer une licence pour ouvrir un fichier reçu par mail n’a donc aucun sens.
Ce malentendu tient à une confusion entre le format et le logiciel. Le format RAR appartient à un éditeur, win.rar GmbH, qui vend le programme qui le fabrique. Ouvrir une archive et en créer une sont deux droits distincts, et seul le second est réellement payant.
Petite parenthèse qui explique beaucoup : cette fenêtre de rappel est devenue une plaisanterie d’informaticien précisément parce qu’elle ne bloque rien. Un essai qui n’expire jamais vraiment reste un modèle commercial étrange, mais il a un effet secondaire mesurable. Des milliers d’utilisateurs achètent, ou renoncent à ouvrir leur fichier, alors que les deux gestes étaient inutiles.
Vérifier si Windows sait déjà lire l’archive
Contrairement au ZIP, que l’Explorateur ouvre depuis Windows XP, le RAR est resté illisible sans logiciel tiers pendant près de trente ans. Cela a changé le 29 octobre 2023, avec la mise à jour KB5031455 pour Windows 11 22H2. Microsoft y a intégré la bibliothèque open source libarchive, qui apporte la lecture de .rar, .7z, .tar, .tar.gz, .tar.bz2, .tar.xz et de leurs variantes.

La documentation de Windows 11 en version 24H2 confirme la liste : ZIP, RAR, 7z et TAR en extraction. Le test prend cinq secondes. Clic droit sur l’archive, puis « Extraire tout ». Si l’entrée apparaît et que le dossier se remplit, aucun logiciel n’est nécessaire. Sur Windows 10, en revanche, rien n’a bougé : seul le ZIP est géré, le reste demande un outil.
Deux limites méritent d’être connues avant de s’y fier. La création n’est pas symétrique : depuis la version 24H2, le menu « Compresser en » propose ZIP, 7z et TAR, jamais RAR. Et les archives chiffrées sont explicitement hors périmètre, ce que la page d’aide de Microsoft indique noir sur blanc. Même logique pour d’autres conteneurs Windows d’ailleurs, comme l’image disque ISO, que le système monte en lecteur virtuel au lieu de l’extraire.
Installer 7-Zip, et comprendre pourquoi il ne créera jamais de RAR
Dès que l’Explorateur cale, 7-Zip prend le relais. Gratuit, open source, version stable 26.00 sortie le 12 février 2026, il lit le RAR ancien comme le RAR5, les archives protégées par mot de passe et les jeux de volumes multiples. Il ouvre aussi la plupart des conteneurs bâtis sur le ZIP, dont une archive Java qui refuse de s’ouvrir au double-clic.
Sur un poste d’entreprise sans droits administrateur, l’installation classique échoue. La version portable règle le cas : les fichiers se copient dans un dossier personnel et le programme s’exécute de là, sans passer par le service d’installation.
Reste la dissymétrie que presque aucun guide n’explique. Ni 7-Zip, ni l’Explorateur de Windows ne savent créer un fichier RAR, et ce n’est pas une paresse de développeur. Le code de décompression unRAR est distribué avec une restriction de licence qui interdit de s’en servir pour reconstituer l’algorithme de compression. Lire est autorisé, écrire ne l’est pas. Conséquence pratique : pour envoyer soi-même une archive découpée en volumes, le format 7z fait exactement le même travail, gratuitement, et se lit partout.
Débloquer une archive en .part1.rar sans rien casser
Voilà le cas qui produit le plus de messages d’erreur trompeurs. Une archive volumineuse arrive souvent découpée : film.part1.rar, film.part2.rar, film.part3.rar. Chaque partie pèse le même poids, sauf la dernière. L’ancienne convention, issue du format RAR 4, donne une série différente : un premier fichier en .rar, puis .r00, .r01, .r02.

Dans les deux cas, l’ordre des opérations ne se devine pas :
- Rassembler toutes les parties dans un seul dossier, sans en renommer aucune. Le numéro de volume fait partie du nom, pas de l’habillage.
- Vérifier que la série est complète. Un trou entre
part3etpart5se voit à l’œil et évite dix minutes perdues. - Lancer l’extraction depuis le premier volume uniquement. L’en-tête qui décrit l’ensemble du contenu ne se trouve que là. Ouvrir une partie du milieu échoue ou rend un résultat tronqué.
- En cas d’erreur CRC, ne retélécharger que la partie fautive. Son nom figure dans le message, du type « packed data CRC failed in volume ». Recharger l’archive entière est une perte de temps.
Deux pièges reviennent en boucle. Le premier : l’Explorateur de Windows 11 ne gère aucune archive en plusieurs volumes, quel que soit le format, ZIP compris. Il lit parfaitement un .rar isolé et échoue sur un .part1.rar, en affichant un message générique qui laisse croire à une corruption. Rien n’est corrompu, l’outil ne sait simplement pas enchaîner les volumes. 7-Zip ou le logiciel de l’éditeur règlent le problème immédiatement.
Le second piège circule sur les forums depuis des années : recoller les parties à la main, avec copy /b sous Windows ou cat sous Linux. Cette manipulation ne fonctionne que pour un fichier tranché en morceaux bruts, nommés .001, .002, .003, qui ne sont pas des archives mais des tronçons d’un même fichier. Les volumes RAR, eux, portent chacun leur propre en-tête. Les concaténer produit un fichier illisible et une erreur de plus.
Un RAR qui demande un mot de passe est-il cassé ?
Non, mais le symptôme prête à confusion, car deux protections différentes portent le même nom. La première chiffre uniquement le contenu : la liste des fichiers reste visible, et le mot de passe n’est réclamé qu’au moment de l’extraction. La seconde, activée par l’option de chiffrement des noms de fichiers, chiffre aussi les en-têtes. Là, un double-clic exige le mot de passe avant même d’afficher quoi que ce soit.
Une archive qui refuse d’afficher son contenu n’est donc pas forcément endommagée. Elle peut simplement avoir été fermée avec cette seconde option. Un outil qui ne sait pas gérer les archives chiffrées, comme l’Explorateur de Windows, renverra pourtant une erreur indistincte de celle d’un fichier abîmé.
Dernier point à garder en tête avant de chercher un utilitaire miracle : le RAR5 dérive sa clé de chiffrement par PBKDF2-HMAC-SHA256, avec un grand nombre d’itérations et volontairement lent. Un mot de passe correct s’ouvre en une seconde, un mot de passe oublié ne se retrouve pas.
Questions fréquentes
Peut-on ouvrir un fichier RAR sans rien installer du tout ?
Oui, des services en ligne acceptent l’archive et renvoient son contenu décompressé. La contrepartie est réelle : le fichier quitte la machine et transite chez un tiers, souvent avec un plafond de taille de quelques centaines de mégaoctets. C’est acceptable pour des photos de vacances, à éviter pour des documents administratifs ou professionnels. La version portable de 7-Zip offre le même confort sans installation et sans envoi.
Que faire s’il manque définitivement une partie de l’archive ?
Tout dépend de ce que l’expéditeur a prévu. Si l’archive a été créée avec un enregistrement de récupération, ou accompagnée de volumes de récupération portant l’extension .rev, la partie manquante peut être reconstruite par le décompresseur. Sans cela, l’extraction reste partielle : 7-Zip peut sortir les fichiers entièrement contenus dans les volumes présents, et rien de ce qui chevauchait la partie absente. Redemander le volume manquant reste la seule solution complète.
Un dernier point, et c’est le seul qui justifie vraiment de se méfier d’un RAR. Le format n’est pas dangereux en soi, mais l’archive téléchargée hors d’un magasin d’applications ou d’un site d’éditeur reste un véhicule commode pour un exécutable déguisé. La technique classique consiste à glisser dans l’archive un fichier nommé facture.pdf.exe : Windows masque par défaut l’extension réelle, et le lecteur croit ouvrir un PDF. Activer l’affichage des extensions de fichiers dans l’onglet Affichage de l’Explorateur annule l’astuce d’un seul coup. Même vigilance pour un paquet d’installation Windows au format MSI et les erreurs qu’il déclenche, qui exécute du code par nature. Et parce que le décompresseur lui-même peut être attaqué, comme l’a montré en 2025 une faille de traversée de chemin qui permettait d’écrire un fichier hors du dossier d’extraction, maintenir 7-Zip à jour vaut mieux que n’importe quelle précaution sur le format.








