Accueil Informatique Fichier AVIF : ce qu’il fait gagner, ce qu’il fait perdre

Fichier AVIF : ce qu’il fait gagner, ce qu’il fait perdre

Fichier AVIF : ce qu’il fait gagner, ce qu’il fait perdre

Près de 95 % des navigateurs de la planète affichent une image AVIF sans broncher. Le PC qui reçoit le fichier, lui, ne fait pas partie du lot. C’est tout le paradoxe de ce format : il est partout sur le web et quasiment nulle part ailleurs, si bien qu’une image parfaitement valide devient un fichier mort dès qu’elle quitte le navigateur.

D’où sortent ces fichiers .avif

Personne ne choisit l’AVIF. Il arrive tout seul, au moment où une image est enregistrée depuis un site consulté avec Chrome, Edge ou Firefox. Le site sert cette version parce qu’elle divise sa facture de bande passante, et le navigateur récupère ce qu’on lui donne.

Le fichier obtenu est correct. Ce qui coince, c’est la suite : l’Explorateur Windows affiche une vignette vide, l’application Photos renvoie une erreur, Paint refuse d’ouvrir. Sur le même PC, le navigateur affiche pourtant l’image sans difficulté. Cet écart explique la réaction la plus fréquente, et la plus fausse : croire à un fichier corrompu et le retélécharger dix fois.

Ce qui lit l’AVIF en 2026, et ce qui bloque encore

La carte est nette, et elle ne suit pas la frontière habituelle entre matériel récent et ancien.

Tableau de compatibilité du format AVIF en 2026 selon l'appareil et le logiciel

Les navigateurs sont réglés. Chrome depuis sa version 85, Firefox depuis la 93, Safari depuis la 16.4, Edge depuis la 121. Les seuls absents sont Internet Explorer, Opera Mini et quelques navigateurs de niche.

Apple n’a jamais posé de problème. iOS 16, iPadOS 16 et macOS 13 Ventura, sortis à l’automne 2022, gèrent l’AVIF nativement dans Safari, dans Aperçu et dans le Finder. Rien à installer, ce qui explique que le sujet soit vécu comme un problème strictement Windows.

Android suit depuis la version 12. La galerie et le gestionnaire de fichiers ouvrent les AVIF sans application tierce.

Windows est le point noir, et c’est le plus contre-intuitif. Une installation neuve de Windows 11, en 2026, ne lit toujours pas un .avif. Il faut passer par le Microsoft Store et installer l’extension gratuite AV1 Video Extension, qui demande au minimum Windows 10 en version 1809. Une fois posée, l’Explorateur affiche les vignettes et Photos ouvre les fichiers normalement.

La suite Office reste fermée. Word, Excel et PowerPoint refusent l’AVIF, sur Windows comme sur Mac, alors qu’ils acceptent le WebP depuis plusieurs versions. Et cela ne dépend pas de l’extension système : même sur un poste où l’AVIF s’ouvre parfaitement ailleurs, l’insertion dans une présentation échoue. Il faut convertir.

Restent les endroits où l’AVIF n’a jamais été prévu : les sites d’annonces entre particuliers, les formulaires administratifs et les commandes de tirages photo attendent du JPEG ou du PNG, et rejettent le fichier sans expliquer pourquoi.

Le gain de poids, une fois mesuré

C’est l’argument qui a imposé le format, et il tient. À qualité visuelle équivalente, une image AVIF pèse environ 60 % de moins que le même visuel en JPEG, et 35 % de moins qu’en WebP. Sur une photo de 2 Mo, cela fait 800 Ko contre 2 Mo.

Comparaison du poids d'une même photo en JPEG, WebP et AVIF

Ces chiffres méritent une précision que la plupart des comparatifs escamotent. Ils valent à qualité perçue égale, pas à réglage de compression égal : un AVIF poussé au maximum de qualité peut très bien peser plus lourd qu’un JPEG bâclé. La comparaison n’a de sens qu’une fois les deux images amenées au même niveau visuel.

L’écart se creuse surtout sur les images riches en dégradés, où le JPEG montre ses blocs et ses bavures de couleur. Il se réduit nettement sur les visuels plats, les captures d’interface ou les logos, terrain sur lequel le PNG reste souvent le meilleur choix. Le raisonnement vaut d’ailleurs pour tout le reste : c’est la même logique qui fait qu’un fichier SVG divise le poids de certaines images sans que l’AVIF ait son mot à dire.

Convertir en JPEG ou PNG sans repasser par une capture

La capture d’écran est le contournement le plus utilisé, et le plus coûteux. Elle ramène l’image à la résolution de l’écran, y ajoute une seconde compression et efface les métadonnées, pour un gain de temps nul face à une vraie conversion.

Trois chemins propres, selon l’équipement :

  • Sur Windows, une fois l’extension AV1 installée : ouvrir le fichier dans Paint, puis Enregistrer sous, et choisir JPEG ou PNG. Le premier réflexe, avant même d’installer quoi que ce soit, reste de mettre à jour sa visionneuse d’images habituelle : plusieurs logiciels qui refusaient l’AVIF il y a peu l’acceptent désormais.
  • Sur Mac : ouvrir dans Aperçu, menu Fichier, Exporter, puis choisir le format. Aucune installation, aucun outil en ligne.
  • Pour un lot d’images : un logiciel de traitement par lots reste plus sûr qu’un service en ligne, surtout si les photos ne doivent pas quitter la machine.

Une précaution dans les deux sens : convertir un AVIF en JPEG fait forcément regrossir le fichier, et repasser plus tard ce JPEG en AVIF n’annule pas la perte de qualité intermédiaire. Gardez l’original tant que le fichier converti n’a pas été validé par son destinataire. La mécanique est exactement celle des photos d’iPhone, où le format HEIC refuse de s’ouvrir sur un PC non équipé.

Les cas où l’AVIF ne vaut pas le coup

Un format léger n’est pas un format universel, et trois situations le disqualifient.

L’encodage est lent. L’AVIF reste l’encodeur le plus lent de tous les formats comparables lorsqu’il s’agit de compresser à la volée. Sur une image isolée, c’est invisible. Sur un lot de plusieurs centaines de photos, la différence se compte en dizaines de minutes.

La pièce jointe est un pari. Envoyer un AVIF par mail, c’est parier que le destinataire a un poste à jour et l’extension qui va bien. Pour une image qui doit être vue par quelqu’un dont on ignore l’équipement, le JPEG reste le format qui ne pose jamais de question.

L’impression l’ignore. Les flux professionnels de production imprimée n’attendent pas d’AVIF, et pour un tirage ou une plaquette la question du poids ne se pose même pas. C’est le domaine où le TIFF sépare encore les imprimeurs du web, l’AVIF n’y a aucune place.

L’AVIF est donc un excellent format de diffusion et un mauvais format d’échange. Servi par un site à des navigateurs, il fait gagner plus de la moitié du poids sans que personne ne le remarque, ce qui est exactement sa raison d’être. Récupéré sur un disque dur, il devient un fichier qu’il faut expliquer, installer ou convertir.

La bonne habitude tient en une phrase : installer l’extension une fois pour toutes sur son PC, pour pouvoir au moins regarder ces fichiers, et convertir en JPEG dès qu’une image doit partir ailleurs. Les deux gestes prennent moins de temps que la première tentative d’ouverture ratée.